Evocations

Série de 6 photographies, 60x40, 2014 

 

 

Il n’est pas nécessaire de se trouver à un endroit qui nous est familier pour ressentir des émotions nous envahir lorsque nous y sommes. Il en est de même pour l’incarner. Ce qui se trouve autour de nous, ce qui nous interpelle ne sont que des fragments d’émotions, des piqûres de rappel. C’est donc avec soin que j’ai choisi différents objets et matières pour dresser des portraits. 

La nature morte permet d’illustrer de façon symbolique mes ressentis tout en mettant en scène la situation qui les fait naître. Je désirais cet aspect poétique, sans avoir à montrer du doigt, que ce qu’aspire ces photos soit quelque chose de personnel et puisse le rester. Cependant les photos laissent une interprétation libre pour quiconque les regarderait.
La nature morte pose la question de l’incarnation, de la réification, de la présence et de l’absence.

Elle nous permet d’utiliser des chairs et des objets inanimés, de les exposer, de les composer. Par la photo tout reste figé, pourtant certains d’entre eux sont périssables, froissables, déchiffrables. 
Les objets convoquent la question du rôle, ici a t-il toujours un rapport à l’utilitaire, incarne t-il un imaginaire? « La modernité évacue le sujet, convoque l’objet, non plus comme signe symbolique, ni comme instrument fonctionnel mais comme matérialité existentielle, posant le problème de son objectivité ».

Par la photographie nous ne pouvons pas excéder le réalisme de mes propos, voilà ce qui m'intéressait dans ce médium, s’en tenir à une vision expérimentale. Nous construisons notre pensée par rapport à ce que l’on voit, l’histoire n’est pas servie sur un plateau d’argent. L’absence est autant manifestée que la présence. Passage du vivant à son apparence et sa semblance. 

 

© Tous droits réservés à Angèle Largy - 2019